
Artiste peintre originaire de l’Outaouais et établie à Montréal, Anie-Jade Glazer explore l’image comme territoire de métamorphose. Formée en arts visuels à l’UQAM et poursuivant une maîtrise en design numérique au NAD, elle développe une pratique située à la frontière du numérique et de la matière. Si ses recherches universitaires s’ancrent dans les environnements immersifs et les mondes virtuels, c’est dans la peinture qu’elle condense et incarne ces questionnements : comment redonner présence, densité et charge symbolique à des images issues d’un flux numérique continu ?
Son travail s’inscrit dans une démarche de recherche-création où le processus constitue le cœur même de l’œuvre. Elle développe des montages numériques en combinant ses propres archives photographiques avec des images collectées en ligne et des références issues de la culture populaire, donnant naissance à des identités hybrides. Ces figures, majoritairement féminines, émergent d’un assemblage de fragments visuels : esthétiques de sous-cultures, codes vestimentaires alternatifs, influences grunge, mode de rue et iconographie punk.
Nourrie par les sous-cultures depuis l’enfance, elle a grandi au contact d’esthétiques alternatives qui ont façonné son regard et son imaginaire. Du grunge au punk, des mouvances gothiques aux expressions des cultures alternatives urbaines, ces influences ne constituent pas de simples références, mais un véritable héritage visuel profondément intégré à sa pratique. Aujourd’hui, elles traversent l’ensemble de son travail. Elle puise dans cette culture comme dans une matière première vivante, qu’elle déconstruit puis recompose. Observatrice attentive et témoin sensible des mutations des cultures alternatives, elle capte attitudes, symboles et postures pour les transposer dans l’espace pictural, où le regard devient le point de tension central.
La peinture agit alors comme un geste de ralentissement. Là où l’image numérique est instantanée et consommable, elle propose une réincarnation matérielle : texture de la toile, superpositions de couches, densité chromatique, contraste dramatique entre ombre et lumière. Ses portraits, souvent de moyen et grand format, imposent une présence physique. Les regards sont directs, parfois troublants. Ils ne séduisent pas : ils confrontent.
Au centre de sa démarche se déploie une réflexion sur l’identité construite. Ses figures ne relèvent ni du portrait classique ni de l’autobiographie explicite ; elles s’apparentent plutôt à des archétypes contemporains. Des présences féminines à la fois fortes et ambivalentes, parfois traversées par la vulnérabilité, mais toujours conscientes de leur propre mise en scène. Elles cristallisent les tensions de notre époque : hypervisibilité, performativité du soi, fragmentation identitaire et quête d’émancipation.
Sa formation en design numérique nourrit la structure de ses compositions : cadrages serrés, gestion dramatique de la lumière, attention au détail symbolique. Mais contrairement au monde virtuel, la toile impose une résistance. Cette friction entre contrôle numérique et imprévisibilité de la matière devient un moteur créatif. Chaque œuvre est le résultat d’un dialogue entre intention conceptuelle et transformation intuitive.
À travers sa pratique, Anie-Jade Glazer cherche à redonner un visage humain à l’image contemporaine. Elle extrait du flux numérique des figures qui auraient pu rester anonymes et leur offre une présence forte, presque iconique. Ses œuvres s’adressent particulièrement à celles et ceux qui portent en eux cette petite flamme d’être différents, un peu en marge, en dehors des cadres trop étroits.
Dans un monde saturé d’images éphémères, sa peinture affirme la permanence, la lenteur et la puissance du regard.
